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LE PARISIEN - La guéguerre des chaussettes

Les chaussettes en nylon n’ont plus la cote chez les footballeurs, qui leur préfèrent des produits plus confortables et antidérapants. Malgré la réticence des sponsors, on les voit désormais partout.


C'est peut-être un détail pour vous mais, pour eux, ça veut dire beaucoup. Depuis au moins une dizaine d’années, les chaussettes de foot traditionnelles sont dénigrées par une majorité de joueurs professionnels et amateurs.
Trop épaisses, pas assez adhérentes, source d’ampoules, trop rapidement humides et donc glissantes... Les vieilles chaussettes survivent sur les pelouses parce qu’il faut bien respecter les contrats signés avec les équipementiers. Mais, dans les faits, le grand remplacement a déjà eu lieu.
Aujourd’hui, cette révolution va même avoir l’occasion de sortir officiellement du silence à l’occasion d’un match de Ligue 2. Toulouse, qui reçoit Ajaccio dans le cadre de la première journée, a signé au printemps dernier un partenariat avec la marque Ranna, un producteur 100 % made in France de chaussettes courtes dites de performance. Concrètement, les joueurs de la Ville rose n'auront plus besoin de cacher leur deuxième paire, qu’ils jugent plus confortable, derrière des bandes de strap. Une première.

La mode des chaussettes coupées

Selon nos différents interlocuteurs, environ deux tiers des footballeurs professionnels, et une proportion non négligeable d’amateurs, coupent  actuellement  leurs chaussettes classiques au ciseau pour n’en garder que la partie couvrant les protège-tibias. Au départ, les joueurs faisaient avec les moyens du bord. Ils s’en remettaient à des chaussettes de tennis ou de running, deux sports plus avancés dans le domaine.
Puis, au fur et à mesure, sont arrivés sur le marché des textiles plus techniques, qui épousent davantage la forme du pied et des orteils et bénéficient d’un grip antidérapant.
« Le grip, c’est ce qui a intéressé Toulouse. Ils ont connu le produit grâce à certains joueurs de l’effectif (Issiaga Sylla, Steven Fortes, Corentin Jean). On avait réussi à les toucher peu après notre création en 2018, ils les portaient à l’entraînement  »,  raconte Alexandre Adler, l’un des responsables de la société Ranna.
Cette saison, il a également signé un accord avec l’équipe de D1 féminine de l'ASJ Soyaux et affirme être en discussion avec d’autres écuries.

Le TéFéCé fait le choix du ″Made in France″ avec Ranna

Ne pas froisser les grandes marques généralistes

Ces collaborations ont pour but de gagner « en crédibilité et en visibilité » plus que de remplir les caisses. En tant que vendeur d’un produit de niche, Ranna, comme ses concurrents étrangers Trusox, Tape Design, Mc Protech ou Soxpro, peinent à engranger des partenariats officiels, les clubs préférant travailler avec un équipementier généraliste qui les fournit de la tête aux pieds.
Pour grandir face à la concurrence des généralistes, ces marques fournissent donc les joueurs directement. À eux ensuite de décider de les porter à l’entraînement ou en match. Le risque étant bien sûr d’agacer son patron et le sponsor officiel de l’équipe. En 2018, lors du Mondial en Russie, les fédérations croates, suédoises et anglaise avaient été sommées par la Fifa de payer des amendes car certains joueurs portaient des chaussettes de performance dont la marque n’était pas celle visible sur le short et le maillot.

"La performance peut se jouer sur ce genre de détails"

Cette innovation peut faire sourire. Il n’existe d’ailleurs pas de  littérature  scientifique attestant de l’intérêt médical de ce produit. C’est pourquoi le directeur médical de l’équipe de France Emmanuel Ohrant se montre « songeur » lorsqu’on l’interroge sur le sujet.
Même chose pour la chirurgienne et responsable du centre médical d’excellence Fifa de Lyon Elvire Servien qui attend des preuves de la « supériorité » de ces chaussettes. En matière de confort, les avis sont en revanche bien plus positifs. « On est sur une question de prévention et de confort. Donc, ce qui compte, ce sont les retours des joueurs, et ils ont l’air bons, estime le rhumatologue et médecin du sport Éric Noël. La recherche de performance peut se jouer sur ce genre de détails. On voit que ces chaussettes sont de plus en plus fines. On évite la friction et on a une meilleure sensation de toucher de balle et de frappe. » On est loin de l’« effet de mode », confirme Alexandre Dellal, un préparateur physique passé par Lyon, Nice ou encore la sélection algérienne. « On a très vite passé le côté curiosité. C’est plus que du simple confort. En matière de maîtrise d’appui et de stabilité, on y gagne. »

Ce dernier note que certains équipementiers stars ont intégré le phénomène et ne fournissent désormais que le haut des chaussettes. À une condition  toutefois : qu’on ne voit que leurs logos et que le code couleur soit respecté du mieux possible.

Mais pourquoi ne choisissent-ils pas plutôt de développer leurs propres gammes ? Cela existe mais à la marge, explique Fabien Obitz, patron du distributeur de matériel sportif et médical Sport Protech. Selon lui, « le marché ne doit pas être assez intéressant en matière de volumes ».
Peut-être plus pour très longtemps ?

Chez Ranna, on cherche en tout cas à séduire d’autres sports, notamment le handball, le rugby ou le tennis. Actuellement, un certain Paul-Henri Mathieu, directeur du haut niveau et des équipes de France à la Fédération, fait partie des équipes de testeurs.

Cyril Simon - Le Parisien

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